A boulets roses

Un blog canon – Lyon 6è

Suite à la récente décision du gouvernement allemand de sortir du nucléaire dans les 10 ans à venir, de nombreuses réactions – vives pour la plupart – se sont faites entendre. Si les écologistes « classiques » se sont prononcés en faveur de cette initiative, d’autres groupes politiques – les socialistes, par exemple – se sont trouvés beacoup plus timorés, oscillant entre une certaine volonté de garder cette source d’énergie et le désir – carrément électoraliste – de rallier nos amis les petits hommes verts.

 

Le débat sur le nucléaire ayant obtenu une dimension passionnelle depuis la catastrophe au Japon, tâchons de prendre un minimum de recul et d’appréhender les faits avec rigueur et détermination. Oui, allez-vous me dire, fidèle lectorat bobo aux tendances vertes, ça va faire mal.

 

Parlons bien, parlons beaucoup. Commençons par donner quelques faits, cela permettra de nous entendre et de partir sur des bases saines et solides.

En sortie de centrale, il y a 4% de déchets ultimes, à savoir de déchets ultimes, c’est-à-dire de déchets qui ne détiennent aucun potentiel énergétique. Ainsi, en sortie de réacteur, l’on a encore 95% d’uranium et 1% de plutonium. Valorisables, eux, donc recyclables ! Cependant, il est vrai que la majorité de ces déchets sera stockée et non recyclée « pour l’avenir ». (entendez par cela « en cas de pénurie ») Bien évidemment, cela est fortement critiquable, car il serait possible, pour peu qu’une volonté politique se mette en place, de renforcer la recherche sur le recyclage des déchets (déjà pourtant bien poussé… en académique !) afin d’éviter les écueils précédemment cités, à savoir le problème du stockage « en vue de… »

Cet article « récent » montre comment récupérer la majorité des déchets radioactif de manière « environment friendly. » Je ne saurais que vous recommander, d’ailleurs, la lecture de ce site, passionnant à bien des égards. Mais reprenons le débat.

Le problème vient ainsi donc évidemment du fait que tout ne soit pas recyclé – c’est le problème d’EDF et Areva. Cependant, l’IAEA a des directives précises sur le traitement des déchets chimiques, les comptes-rendus de leurs conférences et, de facto, leurs prérogatives sont facilement accessible depuis leur site.

Voici pour les faits les plus ressassés. Un second argument récurrent est celui selon lequel les énergies dites renouvelables seules permettraient d’obtenir un monde plus propre (en terme de bilan carbone) et plus viable.

Une éolienne, comme le dit si bien une certaine responsable politique « c’est beau. » Si l’on ne saurait juger de la joliesse d’une chose – des goûts et des couleurs l’on ne discute guère – nous pouvons cependant démonter les fondations de l’argumentation ainsi amenée : « non seulement c’est beau, mais en plus, c’est mieux. » Oui, j’extrapole et je prends ma hache. Tout d’abord, une éolienne ne peut fonctionner que dans une fenêtre précise de force de vent. Trop bas, ça ne tourne pas, il y a une inertie à contrer, trop fort, l’éolienne risque de s’arracher… Ainsi donc, en cas de non-utilisation de leurs éoliennes, nos amis Danois -de grands écologistes acclamés par nos groupuscules verdâtres franco-français – utilisent des centrales… à quoi ? Je vous le donne en mille…

 

Eh oui, au charbon ! Charbon qui n’est pas sans risque pour l’environnement, rappelons-le. L’utilisation du charbon, dangereuse pour la santé – génère, par combustion de cedernier, des particules venant se loger dans les poumons, entraînant cancers pour le mieux… – ainsi qu’à du dioxyde de carbone. (le « fameux » CO2 dont tout le monde parle pour faire scientifique mais sans y connaître quoi que ce soit) Ce dernier est d’ailleurs en grande partie responsable d’un phénomène actuel : le réchauffement climatique. Ou plutôt l’effet de serre augmentant ce dernier, car le réchauffement est aussi naturel, dû à un rapprochement de la Terre au Soleil. Ah, Galilée, que n’es-tu allé nous faire chier… Bref, l’effet de serre, donc. Nous ne pourrons que faire remarquer que, quiconque prônera cet exemple pourra être taxé de « Verschmutzungfreundlich » ou, en français, « amis de la pollution. » Si l’on ajoute à cela le faible rendement de ces dernières…

On ne peut pas non plus dire continuellement des conneries, si vous me passez l’expression.

Et le solaire ? Les panneaux sont recyclables, c’est un fait, mais sont peu recyclés. De plus, ils n’ont actuellement pas un rendement suffisant pour permettre d’alimenter les besoins énormes de nos sociétés. (Pour info, à ce titre, il faudrait recouvrir l’Union Européenne de panneaux solaires afin d’obtenir suffisamment d’énergie pour la France…)
Nous ne nous atterderons pas trop non plus sur l’hydraulique – vous savez, les « barrages » – qui, eux aussi, posent des problèmes de dégradation de l’environnement immédiats (destruction de totu un écosystème) en plus de n’être pas exempts de dangers.

 

La géothermie resterait une bonne idée, cependant.

Maintenant, parlons bien, parlons moderne, parlons « mode ». En terme de bilan carbone – si cher à nos amis écologistes – si l’on prend en compte : la construction de la centrale (quelle qu’elle soit, solaire, éolienne, hydrolique, thermique, géothermique, nucléaire), le transport des minerais (thermique et nucléaire), les déchets produits (gaz, solides), le recyclage (et donc l’énergie utilisée pour ce recyclage aussi) le tout divisé par la durée de vie d’une centrale, le rapport (bilan carbone)/(durée de vie) est le meilleur pour le nucléaire et l’hydraulique.

Voilà pour les faits. Passons à d’autres critiques.

Il est EVIDENT qu’il faut un organisme indépendant pour s’assurer de la sécurité des centrales nucléaires. En France, nous avons l’ASN (Autorité de Sûreté Nucléaire), et le monde a l’IAEA que nous ne présenterons plus. Il est vrai qu’il existe un lobby pro-nucléaire tout comme il est vrai qu’il existe un lobby anti-nucléaire. Il est aussi vrai et déplorable de voir qu’il y ait pu avoir des fuites de déchets radioactifs de nos centrales comme il y a 2 ans. Déplorable.

Mais les erreurs sont essentiellement des erreurs humaines. Et surtout de communication. S’il y avait un véritable débat avec scientifiques – physiciens nucléaires, j’entends – avec présentation des faits, le public serait plus à même de comprendre les tenants et les aboutissants d’une telle énergie. On pourra toujours dire que les personnes interrogées seront « pro-nucléaires » mais on pourra facilement rétorquer avec le raisonnement suivant :

Notre monde, nous l’acceptons est complexe. Lorsque nous sommes malades, nous allons voir le médecin. Lorsque nous devons refaire l’électricité chez nous, nous appelons l’électricien. Pourquoi ? Car ils sont considérés comme experts dans leurs domaines. Les écologistes eux aussi parlent souvent « au nom d’experts », à savoir, sous caution d’une autorité reconnue comme compétente. Ainsi, si les experts nucléaires sont biaisés – forcément ! – pourquoi les autres ne le seraient-ils pas ? Que penser du médecin qui prescrit presque toujours le même médicament parce qu’il se voit offrir des vacances, des congrès dans des hôtels prestigieux, etc. par Sanofi-Aventis, Pfizer et leurs amis ? N’est-il pas lui aussi biaisé ? Si l’on remet en doute certains « experts », il faut tous les remettre en doute, sans exception. Pourquoi, en effet, de quel droit, même, certains seraient-ils dans le vrai et pas d’autres, simplement du fait de leur spécialité ? Les chimistes sont les pollueurs du monde, la chimie nous ment et fait mal à la planète, les lobbies pétro-, pharmaco-, pouêt-pouêto-chimique sont des salauds (pour le coup, ce n’est pas forcément faux, mais qu’est-ce qu’on en a besoin de ces salauds, pour vivre) ainsi, un expert chimiste défendra sa profession en louant son sujet de prédilection… mais un nutritionniste, en revanche, sera le sauveur des peuples. Je suis légèrement manichéen afin de renforcer l’absurdité de la critique, mais chaque époque a ses marottes, et celles que je viens de citer sont malheureusement exactes.

 

Pour dire vrai, « l’expert » n’existe pas. Personne n’est imbattable dans un domaine, fût-ce un prix Nobel. Tout ce que l’on peut avoir, au mieux, est une appréciation purement subjective du point de vue d’un spécialiste – car le terme convient parfaitement, pour le coup, car la personne s’est spécialisée dans un domaine. Mais notre époque a besoin de certitudes – on ne peut pas douter, il faut tout contrôler – et, malheureusement, « le risque zéro n’existe pas. » (lieu commun s’il en est…) S’il n’est pas « indépendant », l’expert mentirait. Mais qui pour garantir son indépendance ? Jacques Treiner en parlait parfaitement dans un billet d’opinion dans Le Monde.

Simple, mais terriblement efficace.

Vous pourrez, cher lecteur, trouver des exemples dans votre vie de tous les jours.

Il en va de même avec le nucléaire. Les risques, nous les connaissons. Il existe un nombre de protocoles qui permettent de les limiter. Des chartes de qualité, des règles à suivre, ce genre de joyeuseté. On pourrait tout à fait considérer que le risque est trop important et refuser cette énergie nucléaire – ce serait un argument absolument valable et valide. Mais, toujours, l’on entrevoit le spectre de Tchernobyl. Remettons les pendules à l’heure. Un tel accident, si tant est que les règles de sécurité soient suivies à la lettre, est très improbable. Pas impossible, simplement fortement improbable.

Nous sommes, dans les pays occidentaux, dans un cas totalement différent. En raison des réglementations, un tel accident ne peut pas arriver – pardon, un tel accident est fortement improbable. (quantiquement parlant, la probabilité nulle n’existe pas) Donc prendre l’exemple du Japon pour dire que l’on court les même risques sous nos tropiques est non seulement honteux mais à vomir. Nos séismes ne s’élèvent pas une magnitude de 9 sur l’échelle de Richter.

Ce qui se passe au Japon est une catastrophe naturelle, humaine (plus de 10.000 morts !!) et écologique – l’IAEA l’a reconnu. Il y a donc une certaine insalubrité à instrumentaliser de la sorte une catastrophe fortuite – un séisme reste non le fruit du hasard, mais un cataclysme non préméditable – à des vues électoralistes. A gerber. Bien évidemment, la catastrophe écologique aurait pu être évitée si TepCo avait suivi les consignes de l’IAEA. Mais n’est-ce pas là la transparence que tout le monde demande ?

Ainsi donc, l’argumentaire dit « anti » est, évidemment, déplacé. Car, à le tirer à l’extrême, nous voyons que nous devons refuser une société faites de spécialistes – qui se trompent tous autant qu’ils sont – nous devrions refuser le risque inhérent à toute technologie. Nous en reviendrions donc à l’âge de pierre. Voire avant, même. A l’australopithèque. Et encore, nous ne pourrions monter dans les arbres, le risque de tomber existant. Déjà que lorsque l’on marche, il y a un risque que l’on se torde la cheville… Le ridicule ne connaît ainsi aucune limite.

Pour conclure, donc, loin des prédictions apocalyptiques de certaines personnes mal embouchées et en accord avec les écologistes favorables au nucléaire (oui, cela existe mais on ne les voit paradoxalement jamais…) comme, notamment, Jean-Marc Jancovici qui travaille avec l’ex-fondation Nicolas-Hulot. Le constat est simple : le nucléaire reste ce qu’il y a de « plus propre » – malgré un certain renâclement à traiter tous les déchets – et en sortir serait suicidaire. En revanche, repenser l’énergie et surtout son utilisation serait salutaire, en commençant par simplement réduire nos consommations. L’acte de l’Allemagne est malheureusement dû à des pressions d’ordre sociétal et que cela semble jouer en défaveur du pays, redevenu importateur depuis l’annonce d’arrêt de 7 réacteurs en mars dernier.

 

 

Ce court exposé n’ayant pas traité pas toutes les critiques qui sont faites, (notamment en termes sociaux, de protection des travailleurs) aussi vous invité-je à en discuter dans les commentaires.

Laurent le juin - 3 - 2011

3 commentaires so far.

  1. Sylou30 dit :

    Salut salut, je crois que le débat énergétique comme écologiste devrait être apolitique (ça s’est dit!)
    Je me définit comme écolo et partisant d’un développement durable et raisoné mais ne m’identifie aucunement au parti des petits hommes verts!
    Pour Parler Bien et Peu cette fois voici mon propos sur la question énergétique.
    Actuellement notre société est de plus en plus gourmande en énergie (PC, GSM, Transports, etc…)
    Les énergies sont partagées entre celles dites « propre et renouvelable » et « fossiles ou polluantes ».
    Mais sommes nous bien d’accord sur le sens et la bonne utilisation de ces termes? En effet aujourd’hui je bondit lorsque j’entend parler du bois et de la biomasse comme d’énergies renouvelables! La quetsion est très antitétique puisque la pollution en CO2 voudrait que nous laissions vivre plus d’arbre or c’est tout le contraire qui est actuellement en place je connais un installateur de chauffages qui installe par le biez de sa société plus de 1000 poêles à granules par an soit 70% de ses installations.
    Or une fois consummé le bois rejette le CO2 capté pendant sa croissance, de plus les sols ne sont pas inépuisables et un arbre nécessite 20 ans de croissance au minimum avant coupe!

    *L’énergie Photovoltaique:
    Cette source d’énergie, est réellement une énergie « gadget » comme en témoignent les lampes solaires dans les jardins (bourrées de métaux lourds et composants) et plus polluante pour leur fabrication que leur rélle utilité, de même la majorité des panneaux sont actuellement fabriqués en Chine, par l’une des industrie les plus polluantes de la planète en effet l’extraction des métaux et substances est très polluante à tel point que le Yang tse a perdu ses dauphins d’eau douce. Le Solaire est actuellement plus une énergie commerciale et surfant sur une mode qu’autre chose, et son bilan est très négatif puisque les pays riches ne font que déplacer et créer de la pollution dans les pays en développement.

    *L’énergie éolienne semble une alternative efficace et principalement les turbines en mer aussi bien aériennes que sous marrines.

    *Le Nucléaire:
    Sujet épineux, le nucléaire s’il est exploité sur un site dont la sismisité est inférieure à un maximum de 5 sur l’echelle de richter et que la sécurité est une priorité semble être l’énergie la plus interressante à la fois sur le plan économique qu’écologique en effet il n’y a aucun rejets de gaz à effet de serre. De plus les déchets (du moins en France) sont valorisés essentiellement sur les sites de Marcoule et de Cadarache au maximum ainsi la faible radioactivité subsistante est utilisée pour le milieu médical le reste étant recyclé à 99,8% (source responsable traitement des déchets centrale de Marcoule (un ami))
    Les centrales Françaises fonctionnent en effet avec pour l’essentiel des minerais ayants déjà étaient utilisés une première fois!
    Avec les stocs mondial et avec cette politique il y a suffisament de réserve pour plus de 10 000 ans d’énergie.
    Mais ce nucléaire là est tout de même dangereux du point de vue radioactivité! A Cadarache comme au CERN, le futur est mis en place pour un Nucléaire propre utilisant l’eau de mer, mais les manifestations bloquent tous les financements ralentissant les progrès.

    A noter qu’actuellement les deux pays riches ayants renoncé ou réduit la part du nucléaire dans la production d’électricité à Savoir les USA et L’Allemagne ont réouvert leurs mines de charbon et produisent respectivement 40% et 28% de leur énergie avec des centrales thermiques très polluantes (plus que le risque potentiel du nucléaire?????)

    • Laurent dit :

      Un peu de retard dans la réponse, n’étant pas averti des commentaires… (je vais voir comment pallier ce léger soucis !!)

      Je suis entièrement d’accord avec cette analyse. Bien évidemment, rien n’est, comme vous le soulignez avec justesse, « la panacée ». Le débat devrait être apolitique, mais ne l’est-il déjà pas ? Le problème est, bien évidemment, qu’il est récupéré par tel ou tel parti à des vues électoralistes. Le problème majeur est évidemment un problème de communication scientifique. Et puis, qui dit nucléaire dit bombe… ce qui me semble être un contresens absolu. Si l’on suivait le même raisonnement aboutirait à « qui dit chimie dit terrorisme. » (les raccourcis ont tendance à me les briser, oui !)

      De même, oui, les pays riches comme le nôtre font fabriquer les panneaux solaires en Chine grâce à une énergie majoritairement issue du… charbon. Je ne vous raconte pas le bilan carbone du panneau « écolo »…

      Vous avez soulevé un point intéressant que je n’ai pas abordé dans mon propos initial (ou très peu), à savoir l’utilisation de la biomasse ou même les « biocarburants », parfaits pour les pays industrialisés mais une véritable monstruosité pour les pays en développement comptant exploiter cette voie, monstruosité majoritairement sociale (mais aussi écologique, par l’utilisation dispendieuse d’eau…)

      Je suis donc parfaitement d’accord avec vous, il faudrait, bien évidemment, une véritable présentation dépassionnée de la question énergétique. Vaste programme !

  2. [...] y a un moment où il faut savoir ouvrir ses yeux et réfléchir. On peut parfaitement n’être ni pour, ni contre ce dernier, d’ailleurs. Je ne m’éterniserai donc pas dessus, sinon pour dire que la [...]

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